Le Baromètre des projets des Français - Janvier 2011
Pouvoir d’achat : discrédit majeur des acteurs politiques
L’actualité est significative de l’essor, en France et dans le monde, des préoccupations liées au pouvoir d’achat et à l’inflation, et à l’urgence pour les acteurs économiques et politiques d’y apporter des solutions :
- En Tunisie, au-delà des revendications démocratiques, la "révolution du Jasmin" s’est d’abord nourrie de l’exaspération sociale d’une population désespérée de l’augmentation des prix. Si l’injustice et la révolte ont été locales, les causes sont aussi globales : progression des salaires dans les pays émergents, course aux matières premières, impact des politiques de relance… En Chine, aux Etats-Unis, dans la zone euro, les gouvernants s’inquiètent de l’envolée des prix, une question particulièrement sensible pour les économies qui sortent tout juste de la crise, et où bien souvent les salaires stagnent ;
- Face à cette situation critique, et compte tenu des déficits publics creusés par la crise, les marges de manœuvre des gouvernants paraissent limitées. D’où le retour dans le débat public de polémiques concernant les 35 heures – ou encore de l’euro – souvent accusées de limiter le pouvoir d’achat des Français.
Les acteurs politiques jugés peu crédibles concernant le pouvoir d’achat
Dans ce contexte, ce sondage BPCE - Les Echos - France Info réalisé par Viavoice est significatif du désarroi des Français sur cette question. Quatre ans après l’élection de Nicolas Sarkozy sur le thème du "travailler plus pour gagner plus", les électeurs semblent ne plus croire aux solutions politiques pour augmenter leur niveau de vie.
A la question : "Pour l'année 2011, à qui faites-vous le plus confiance pour améliorer votre pouvoir d'achat ?", 45 % des personnes interrogées répondent "A personne", 23 % aux "associations de consommateurs" et 16 % aux "grandes surfaces". A l’inverse, les acteurs politiques, majorité comme opposition, recueillent des scores très faibles : 11 % pour le "président de la République" et le "gouvernement", 8 % pour les sensibilités "de l’opposition". Et les partenaires sociaux ne recueillent pas de meilleurs scores : 11 % des Français citent les syndicats, 10 % les employeurs. Des réponses en forme d’avertissement, à un an de la campagne présidentielle, sur une question cruciale qui s’introduira inévitablement au centre des débats.
Au-delà de l’analyse politique, le score relativement élevé obtenu par les associations de consommateurs permet de souligner leur montée en puissance ces dernières années, et confère à la société civile une légitimité sur cette question. Le score concernant les grandes surfaces est également significatif et montre que la communication sur les prix, qui a fait la marque de certains distributeurs, est plutôt bien perçue.
Intentions de dépenses : une stabilité en réalité encourageante
En matière de dépenses, les Français affichent pour les mois qui viennent des perspectives stables qui constituent en réalité une bonne nouvelle dans le contexte actuel.
En effet les facteurs de conjoncture auraient pu laisser présager d’un repli des intentions de dépenses :
- Concernant le secteur automobile : fin de la prime à la casse depuis le 31 décembre ;
- Concernant l’habillement : fin des soldes fixes (12 janvier – 15 février).
Malgré ce contexte préjudiciable, les intentions de dépenses sont stabilisées :
- Les ventes de voitures devraient se maintenir : 8 % (+1) des Français envisagent d’acheter ou de changer de voiture dans les trois prochains mois, dont 19 % des 18-24 ans.
- En matière d’alimentation et d’habillement, 10 % des personnes interrogées souhaitent dépenser davantage que ces derniers mois, score en hausse d’un point globalement mais de façon plus significative auprès des catégories modestes, notamment les ouvriers (14 %, +7 points par rapport au résultat enregistré en décembre).
- Les intentions d’achat immobilier sont également confirmées, 4 % des personnes interrogées qui envisageant l’achat d’une maison ou d’un appartement (+1). Cette hausse est sensible auprès des jeunes de 18 à 24 ans (9 %, +7) et de 25 à 34 ans (10 %, +3). Ces progressions peuvent être mises au crédit du nouveau prêt à taux zéro lancé la semaine dernière par François Fillon, destiné aux primo-accédants et encourageant les nouvelles constructions.
Globalement, l’indice synthétique des dépenses des Français progresse ainsi à 73 points (+10) après la forte baisse enregistrée en décembre.
Ces résultats sont d’autant plus intéressants qu’ils s’inscrivent dans un contexte de stabilité des anticipations en matière de pouvoir d’achat : 12 % (-1 point par rapport à décembre) des personnes interrogées pensent que leur pouvoir d’achat va augmenter dans les prochains mois, 42 % (+2) qu’il sera stable et 42 % (=) qu’il va diminuer.
Ainsi cette nouvelle vague du baromètre des projets des Français dessine, pour le premier quadrimestre 2011, un état d’esprit de résistance : en regard de signaux qui auraient pu apparaître comme démobilisateurs, les intentions de dépenses ne fléchissent pas. Même si les éléments aujourd’hui en sont encore timides, le ressort de cette stabilité porte un nom : confiance. Et c’est la pérennité ou non de cette confiance, son amplification éventuelle au cours des mois qui viennent, qui contribuera à porter la conjoncture économique de la France en 2011.
Pour en savoir plus : le baromètre des français